Voyage au coeur de la terre (ocre) du pléistocène - 1 : Chauvet Deco D
On a longtemps désigné la grotte de Lascaux comme la "Chapelle Sixtine" de l'art pariétal. Découverte en 1940, il est vrai qu'elle n'avait alors pas d'équivalent connu dans le monde : peintures magnifiquement conservées, précision des représentations... On pouvait imaginer se trouver aux sources de l'art. Mais une autre découverte, en 1994, a révélé les ressources extraordinaires de l'homme de Cro Magnon en matière de peinture, avec la grotte Chauvet.
De 15 à 17 000 ans antérieures à Lascaux, les peintures et gravures de la grotte Chauvet sont aujourd'hui les plus anciennes oeuvres paléolithiques découvertes à ce jour dans le monde, et témoignent d'une maîtrise artistique déjà poussée des hommes qui les ont réalisées. Ils travaillaient dans des conditions pourtant difficiles, partageant le site avec les redoutables ours des cavernes dont ils devaient parfois tenir lieu d'amuse-bouche, quand ces charmants plantigrades ne s'évertuaient pas à affûter leurs griffes (4 mètres dressés sur les pattes arrière... bigre !) sur les parois des grottes (et donc les oeuvres)... Plus particulièrement présents entre -32 000 et -29 000, puis entre -27 000 et -24 500, les artistes nous ont laissé des témoignages exceptionnels, aux sources de l'art et de la couleur : l'art, avec plus de 500 représentations différentes, qu'il s'agisse d'animaux finement réalisés, avec des commencements de perspectives et l'utilisation judicieuse des accidents du support pour créer du relief, ou de symboles et créations originales, comme la "main négative" (peinture soufflée).
Crédit photographique : Ministère de la Culture et de la Communication, DRAC Rhônes Alpes, SRA
La couleur : seulement deux couleurs sont connues de nos artistes. L'ocre, obtenu à partir d'argile naturelle (et avec une teinte allant du rouge au jaune) et le noir, à base de charbon de bois à Chauvet. La difficulté de l'approvisionnement en pigments (d'origine minérale généralement) pouvait obliger les hommes de Cro Magnon à diluer les pigments dans du talc (et de l'eau comme liant). La profondeur des rouges viendra plus tard (avec la cochenille notamment, mais c'est une autre histoire, patience... !), et notre artiste de Cro Magnon doit se contenter d'une palette aussi réduite que fragile.
Qu'elles qu'aient pu être leurs motivations (croyance, art pur, enseignement ?), les artistes de la grotte Chauvet nous ont transmis un témoignage et un héritage unique sur leur environnement, et la naissance d'un véritable art qui, on le verra dans les 7 000 à 15 000 années à venir, va continuer à se développer et s'affiner pour préfigurer l'art du mésolithique et tendre vers plus d'abstraction et la généralisation des motifs géométriques.
Entre les oeuvres évoquées ci-dessus et cette icône sculpturale - descendante heureusement inerte des ursus spelaeus, l'ours blanc de Pompon, 37 000 ans d'art vous contemplent !

Notre prochaine exploration : Cosquer...
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