Design thérapeutique Deco D
Etre blanc comme un cachet d'aspirine (ou de dafalgan ou d'efferalgan, c'est du pareil au même), c'est bien le signe que l'on va avoir besoin du-dit médicament. Et le cachet se doit d'être blanc, comme pour mieux laver notre corps de ces microbes qui font tache. Blanc immaculé contre envahisseurs à petites pattes noires.
L'industrie pharmaceutique vit ainsi sur des clichés, auxquels le designer Mathieu Lehaneur s'est intéressé. Il a travaillé notamment sur la forme du médicament, et son impact sur l'esprit du patient - et donc sur la guérison. Une recette originale : dédramatiser le soin, faciliter la vie du patient, et jouer peut-être sur l'effet placebo...
Partant du constat que nombre de patients oublient de prendre leurs médicaments, il a conçu l'antibiotique en strates : une seule pilule constituée d'autant de couches que de jours de traitement. La pilule s'effeuille, jour après jour, révélant ainsi quotidiennement une couleur nouvelle : c'est pratique, et c'est ludique !
Pour les enfants asthmatiques, Mathieu Lehaneur a aussi inventé le "troisième poumon" : un distributeur de traitement qui se gonfle au fil du temps, rappelant au patient qu'il doit s'en servir. L'objet se dégonfle alors, signe que le traitement est bien effectué.
Pour l'instant, les laboratoires pharmaceutiques n'ont pas adopté ces projets, craignant que la crédibilité des médicaments ne soit mise en cause si leur forme est jugée trop "ludique". Et pourtant, si c'était l'inverse qui se passait ? On pourrait imaginer que le rituel de guérison s'améliore nettement, le jour où "blanc comme un cachet d'aspirine" sera une expression évoquant des temps anciens, où les médicaments étaient tristes comme les rats de laboratoire.
Les commentaires récents